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Première guerre mondiale? quelqu'un pourait m'aider sur mon exposer sur la première guerre mondiale
La Première Guerre mondiale fut un conflit mondial qui se tint principalement en Europe de 1914 à 1918. On la nomme « guerre mondiale », car c'est le premier conflit armé qui impliqua autant de pays à travers le monde. Cependant, avant le début de la Seconde Guerre mondiale, on l'appelait « la Grande Guerre », « la Guerre des Guerres » ou encore la « Der des Ders ».
Causes
Il existe de nombreuses causes au déclenchement de la Première Guerre mondiale et rétrospectivement, elle peut paraitre inévitable. Les premières années du XXe siècle ont connu plusieurs crises entre États européens (épisode du coup d'Agadir, nombreux incidents de frontière franco-allemands, crises dans les Balkans dont deux guerres balkaniques) qui n'ont pas eu de conséquences sur le reste du monde. Cependant, les rivalités économiques et coloniales entre puissances européennes avaient pris une telle importance qu'une simple étincelle pouvait conduire à l'embrasement général. L'« amorce » fut, le 28 juin 1914, l'assassinat de l'archiduc d'Autriche François Ferdinand et de son épouse par le nationaliste serbe Gavrilo Princip. « Amorce » qui va enclencher ce que l'historien Jean-Baptiste Duroselle appelle un « Mécanisme » qui entraînera presque malgré eux les protagonistes vers la grande catastrophe[1].
Rivalités économiques et coloniales
À la fin du XIXe siècle, l'Europe domine le monde, militairement, technologiquement, financièrement, économiquement, et surtout politiquement. Le Royaume-Uni surtout, mais également la France ont d?immenses empires qui assurent une quasi exclusivité de commerce et d'exploitation des richesses sur un régime colonial. L'Empire britannique, où « le soleil ne se couche jamais », est le plus vaste. Les Britanniques contrôlent des points maritimes stratégiques majeurs : Gibraltar, Singapour, Le Cap, le canal de Suez. Ils occupent également l'Afrique de l'Est, de l'Égypte à l'Afrique du Sud, et ont colonisé le Nigéria. La principale colonie est l'Empire des Indes, le Raj. Ce grand pays est au centre de la stratégie britannique, particulièrement au Proche-Orient. Le Royaume-Uni contrôle également des dominions, pays indépendants pour la politique intérieure, mais pas pour la politique extérieure. Ces dominions, Canada, Terre-Neuve, Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud sont des colonies de peuplement blanc et représentent à eux cinq des ressources importantes.
L'Afrique est presque entièrement colonisée (à l'exception du Libéria et de l'Éthiopie) et se trouve au c?ur des tensions européennes. Alors que la France contrôle une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, les Britanniques tiennent tout l'est du continent. Un conflit entre ces deux métropoles aurait pu éclater avec l'incident de Fachoda, en 1898. Mais la montée en puissance de l'Allemagne, et le soutient de cette dernière à la république d'Orange lors de la Guerre des Boers[2] les a rapprochées dans l'Entente cordiale. L'Allemagne, qui ne possédait qu'un empire colonial limité (Cameroun, Namibie, Tanzanie, Togo et îles Marshall d'aujourd'hui) et réalisant de façon tardive son unité, était arrivée trop tard dans la compétition coloniale et le partage du monde entre Européens. Surtout, elle ne dispose pas de colonies de peuplement. Elle manifeste ses prétentions sur le Maroc au cours de deux crises, en 1905 et 1911, qui l'ont opposée à la France. Fritz Fischer, dans Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale[3], voit dans cette situation l'une des principales causes au déclenchement du conflit.
L'influence européenne en Asie est moins spectaculaire, mais suscite également des problèmes. La Chine littorale tombe sous la domination économique occidentale. Les Britanniques, notamment, s'appuient sur leur comptoir de Hong Kong et les autres, sur des concessions dans les grands ports. La rivalité franco-allemande est attisée en particulier par la présence de ces deux États dans le Chantoung. Les États-Unis, le Japon et la Russie sont des puissances concurrentes des États européens dans cette région. L'Empire ottoman est placé sous la tutelle financière et économique allemande, tutelle disputés par les Britanniques, qui ont intégré la Perse dans leur zone d'influence. Les Russes souhaitent un débouché sur les mers chaudes (Méditerranée ou océan Indien) à leur empire, et s'intéressent de plus à l'Éthiopie.
Enfin, la grande puissance industrielle allemande inquiète les États européens, car les produits allemands inondent les marchés français et britanniques. De même, les Allemands s'inquiètent de la croissance économique (grâce aux capitaux français) et démographique de la puissance russe, qui les amènent à penser qu'ils seraient incapables de lui résister dans quelques années ; de telle sorte qu'ils ont peut-être intérêt à provoquer un conflit avant qu'il ne soit trop tard.
Les questions nationales
Les rivalités en Europe en 1914À la veille du conflit, l'Europe est en proie aux problèmes des nationalités et des revendications de territoires. Ces difficultés concernent surtout le centre du continent.
Le nationalisme allemand
Citons ces phrases écrites en août 1914 par Mathieu Dreyfus dans l'épilogue de son livre L'affaire telle que je l'ai vécue (Grasset) :
« Les cris de "Deutschland über alles" étaient des cris sincères profonds et convaincus de l'Allemand de toutes les classes; il se croyait d'une race supérieure, race destinée à conduire les autres races, affaiblies par une civilisation veule et raffinée. Le Germain était convaincu de la supériorité de ses méthodes, de son génie. »
Cette problématique liée à la conscience qu'aurait l'Allemagne et de vivre un destin particulier remonte à loin. On peut notamment la dater du vaste mouvement médiéval de colonisation vers l'est (le Drang nach osten) qui va se mêler au cours du XIXe siècle siècle avec la thèse du mythe aryen, entretemps élaborée en France (Augustin Thierry) et en Angleterre (découverte de l'Inde et du sanscrit). L'Allemand devient alors une race ou une nation (au début du XXe siècle siècle, ces mots sont synonymes) particulière, voire supérieure, à laquelle incombe un destin faustien (pour reprendre les terme d'Oswald Spengler) : celui de la défense de l'élément occidental pur contre les invasions asiatiques (Slaves, Juifs, Chinois), et contre les occidentaux dégénérés (Latins)[4].
La rivalité franco-allemande
L'Alsace-Lorraine, perdue à la suite de la défaite française de 1871, est intégrée à l'Empire allemand. Les Français souhaitent la reprendre et vivent dans un esprit revanchard et germanophobe. Dans les écoles, on colorie l'Alsace et la Lorraine en noir sur la carte de France : cette génération a été élevée avec le syndrome du membre amputé. En 1914, il n'y a que 1% de déserteurs. Ils étaient 30% en 1871.
Les Balkans
Les pays des Balkans, soustraits de l'Empire ottoman, sont l'objet de rivalités entre les grandes puissances européennes. L'Empire ottoman qui s'émiette peu à peu (guerres balkaniques), ne possède plus en Europe, à la veille de la guerre, qu'Istanbul. Tous les jeunes pays issus de sa décomposition (Grèce, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Monténégro, Albanie) s'affrontent. La Serbie veut obtenir un débouché maritime et soutient les revendications des Slaves des Balkans (les Croates et les Slovènes veulent créer un état indépendant de l'Autriche-Hongrie). Elle est alliée à l'empire russe.
De plus, les deux ennemis séculaires de l'Empire ottoman poursuivent leur politique traditionnelle. L'Autriche-Hongrie désire continuer son expansion dans la vallée du Danube, jusqu'à la mer Noire, ou, du moins, maintenir le statu quo hérité du traité de San Stefano. L'Empire russe, lui, est lié historiquement et culturellement aux Slaves des Balkans, notamment aux Serbes orthodoxes, et leur a déjà prêté son appui dans le passé. Il dispose donc d'alliés naturels dans sa politique de conquête d'un accès à une mer chaude (mer Méditerranée). Cette politique passe par le contrôle des Détroits. Évidemment, ces deux politiques opposées, entre une puissance catholique et une puissance orthodoxe ayant toutes deux pour emblème l'aigle bicéphale, provoquent des affrontements.
Les ambitions italiennes
L'Italie, unifiée depuis 1860, a donné à la France, à la suite de la victoire de la France sur l'Autriche, la Savoie et le comté de Nice.
Malgré un fort courant pacifiste, l'Italie veut prendre au voisin autrichien, avec lequel elle a un vieux contentieux, des territoires qu'elle considère comme italiens (Italia irredenta) car majoritairement italophones. Elle désire s'étendre en Dalmatie (où l'on parle majoritairement italien) et contrôler la mer Adriatique, à l'instar de ce que fit la Sérénissime République de Venise, et ce d'autant plus que ses tentatives de conquête d'un empire colonial africain ont sombré après la débâcle d'Adoua, en Abyssinie (1896). Seule une partie du Tigré fut rattachée à l'Érythrée déjà italienne, ainsi que la Somalie. La Libye est devenue colonie italienne en 1911 à la suite de la guerre italo-turque.
Les empires multinationaux
Les empires d'Autriche-Hongrie, de Russie et d'Allemagne regroupent différents peuples qui revendiquent plus d'autonomie ou une reconnaissance politique. Par exemple, les Polonais sont privés d'État souverain et se trouvent partagés entre ces trois empires. Dans l'empire austro-hongrois, pas moins de 40 peuples cohabitent, ce qui va contribuer à son éclatement en 1918. Les aspirations de peuples nées des bouleversements dus à la Révolution française mettent directement en péril la suprématie des Allemands sur les peuples inféodés suite à des siècles d'histoire (Bataille de la Montagne Blanche en 1620, révolution hongroise de 1848 matée par les Autrichiens grâce aux troupes russes, peuple polonais écartelé suite aux partages de leur pays).
Système d'alliances et course aux armements
De vastes systèmes d'alliances se sont créés à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, et ceci d'une manière assez improbable, par rapport à la situation héritée du premier traité de Versailles de 1871. L'Autriche s'allie en effet avec un État qui cinq ans plus tôt lui faisait la guerre, tandis que le régime le plus démocratique d'Europe (la France) va s'allier avec le plus réactionnaire (Russie).
En 1882, la duplice austro-allemande devient la Triple-Alliance avec l'entrée de l'Italie, refroidie par son échec en Tunisie face à la France. Le traité est sans cesse renouvelé même si l'attitude de l'Italie devient de plus en plus ambiguë, en particulier avec la signature d'un accord secret de neutralité avec la France en 1902. L'attitude du royaume italien évolue en raison de l'animosité de plus en plus grande envers l'Autriche-Hongrie, à cause de la question épineuse des terres irrédentes. La démarche diplomatique française vis-à-vis du royaume transalpin a l'avantage d'éviter à la France de devoir combattre sur deux fronts.
La IIIe République (1870-1940) a ?uvré également à sortir la France de son isolement dans lequel Bismarck, pour des raisons de sécurité, l'avait enfermée. Ainsi, en 1892 est signée l'alliance franco-russe : la France bénéficie d'un allié de poids, notamment sur le plan démographique et stratégique, avec la possibilité d'un deuxième front à l'est de l'Allemagne, ou d'un front en Inde en cas de guerre avec l'Angleterre ; tandis que l'empire tsariste peut moderniser l'économie et l'armée du pays grâce aux capitaux français (emprunts russes). Après l'incident de Fachoda en 1898 entre Français et Anglais, qui s'est soldé par une entente (les Français renoncent au Soudan et les Anglais en contre-partie s'engagent à aider la France en cas de conflit), Théophile Delcassé, alors ministre des Affaires étrangères, réussit le rapprochement franco-anglais avec la signature de l'Entente cordiale en 1904. Celle-ci n'est pas un traité d'alliance liant les deux pays mais leur destin est de plus en plus imbriqué. Enfin, en 1907, à l'instigation de la France, le Royaume-Uni et la Russie règlent leurs contentieux en Asie en délimitant leurs zones d'influences respectives en Perse, en Afghanistan et en Chine. Ainsi naît la Triple-Entente.
Dans les deux camps, la course aux armements s'accélère et on assiste à une surenchère dans la préparation de la guerre. Les dépenses consacrées aux armées s'envolent. Ainsi, la France consacre en 1885 867 millions de francs-or à ses armées, alors que les dépenses civiles se montent à 1,239 milliard. Les fortifications frontalières (du moins à la fin du XIXe siècle), l'artillerie (le fameux canon de 75 de l'armée française), les flottes de guerre (le Dreadnought britannique) absorbent une bonne partie des crédits militaires. Le matériel est modernisé et la durée du service militaire allongée dans plusieurs pays : en France, la durée du service militaire passe à 3 ans en 1913 pour pallier (dans une certaine mesure) l'infériorité numérique de la France face à l'Allemagne. En effet, si, en 1870, les deux pays avaient une population quasi-identique, en 1914 l'Allemagne a vu sa population croître de trois quarts pour s'établir à 67 millions en 1914, tandis que la France a à peine comblé la perte de l'Alsace-Lorraine, étant peuplée de 39 millions d'habitants.
La crise moderniste
L'enchaînement des événements qui ont conduit à la Première Guerre mondiale s?explique aussi par les mentalités. Une crise a secoué les milieux catholiques en France dans les années 1890-1900 : la crise moderniste. Elle s'est manifestée par différents épisodes comme l'affaire Dreyfus (1898) ou la séparation de l'Église et de l'État (1905).
L'émergence de mouvements nationalistes tels que l'Action française, n'est probablement pas étrangère, du côté français, au déclenchement du conflit mondial.
De manière globale, les conséquences du retrait de l'Église et de la fin, pour une bonne part des populations européennes, des pratiques traditionnelles, ont, pour nombre d'auteurs (en particulier Hannah Arendt), fourni un terreau fertile sur lequel naîtront les grands mouvements de masses qui préfigurent les totalitarismes de l'entre-deux guerres.
Chronologie du déclenchement
Article détaillé : Chronologie de la Première Guerre mondiale.
Le détonateur du processus diplomatique aboutissant à la guerre est le double assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche-Hongrie, et de son épouse morganatique Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, à Sarajevo le 28 juin 1914 par l'étudiant serbe Gabriel Princip (voir Assassinat de Sarajevo).
Les événements se sont ensuite déroulés très vite. Le 5 juillet, l'Allemagne assure l'Autriche-Hongrie d'un appui conditionnel, si la Russie intervient. Le 23 juillet, l'Autriche-Hongrie adresse un ultimatum à la Serbie dans lequel elle exige que les autorités autrichiennes puissent enquêter en Serbie, ce que la Serbie n'accepte pas. Le lendemain, à l'issue du Conseil des ministres tenu sous la présidence du tsar à Krasnoïe-Sélo, la Russie ordonne la mobilisation générale pour les régions militaires d'Odessa, Kiev, Kazan, Moscou, ainsi que pour les flottes de la Baltique et de la mer Noire. Elle demande en outre aux autres régions de hâter les préparatifs de mobilisation générale[5].
La Serbie décrète la mobilisation générale le 25 et, au soir, déclare accepter tous les termes de l'ultimatum, hormis celui réclamant que des enquêteurs autrichiens se rendent en Serbie. Au même moment, l'Autriche rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie et la Russie déclare sa « non-indifférence » dans le conflit. Le lendemain, l'Autriche ordonne une mobilisation partielle (contre la Serbie) pour le 28, jour où elle déclare la guerre à la Serbie.
Le 29 juillet, la Russie déclare unilatéralement (en-dehors de la concertation prévue par les accords militaires franco-russes) la mobilisation partielle contre l'Autriche-Hongrie. Le chancelier Bethmann-Hollweg se laisse alors jusqu'au 31 pour une réponse appropriée. Le 30, la Russie ordonne secrètement la mobilisation générale contre l'Allemagne.
Le lendemain, l'Allemagne proclame « l'état de danger de guerre ». C'est aussi la mobilisation générale en Autriche pour le 4 août. En effet, le Kaiser Guillaume II demande à son cousin le Tsar Nicolas II de suspendre la mobilisation générale russe. Devant son refus, l'Allemagne adresse un ultimatum exigeant l'arrêt de sa mobilisation et l'engagement de ne pas soutenir la Serbie. Un autre est adressé à la France, lui demandant de ne pas soutenir la Russie si cette dernière venait à prendre la défense de la Serbie. En France, Jean Jaurès, à la veille de dénoncer les man?uvres qu'il perçoit comme bellicistes du gouvernement, est assassiné à Paris par Raoul Villain.
Le 1er août, à la suite de la réponse russe, l'Allemagne mobilise et déclare la guerre à la Russie. La France mobilise pour le 2 août. Le lendemain, l'Allemagne envahit le Luxembourg, qui jusque là était neutre et adresse un ultimatum à la Belgique, elle aussi neutre, pour réclamer le libre passage de ses troupes. L'Italie déclare qu'elle restera neutre. Au même moment, l'Allemagne et l'Empire ottoman signent une alliance contre la Russie.
Le 3 août, la Belgique rejette l'ultimatum allemand. L'Allemagne déclare la guerre à la France qui avait répondu que « la France agirait conformément à ses intérêts », puis déclare la guerre à la Belgique. L'Angleterre déclare qu'elle garantit la neutralité de la Belgique. Le lendemain, les armées allemandes pénètrent en Belgique. Le Royaume-Uni adresse un ultimatum à l'Allemagne, lui demandant de retirer ses troupes de Belgique. Le gouvernement de Londres ne reçoit aucune réponse, et déclare donc la guerre à l'Allemagne. Le Canada, l'Australie, l'Inde, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud (pays du Commonwealth) entrent automatiquement en guerre contre l'Allemagne.
Le 6 août, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie et à la Serbie aux côtés de l'Allemagne. Le 11, La France déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie, suivie par l'Angleterre le 13. Enfin, le 23 août, le Japon déclare la guerre à l'Allemagne.
La guerre du droit
Comme les armées commencent à s'affronter, les belligérants se lancent dans une lutte médiatique au moyen de publications sélectivement documentées, exhibant essentiellement des échanges diplomatiques. Le Livre Blanc des Allemands, bouclé en « l'espace d'une nuit », en contient ainsi trente-six. Le Livre Jaune français, achevé après trois mois de travail, en regroupe 164. Ils mesurent l'effort consenti par les gouvernements respectifs pour convaincre les opinions publiques et les peuples du bien-fondé de leurs actions. Ouvrages de propagande, ils présentent tous des « aménagements » qui trahissent les objectifs recherchés. Dans le Livre Blanc, des coupures éliminent ainsi tout ce qui pourrait bénéficier à la position russe. Le Livre Jaune représente une vaste « collection de falsifications » visant à dissimuler l'appui inconditionnel accordé à la Russie, lui garantissant un second front, et à prouver que cette dernière fut contrainte à la mobilisation générale par celle de l'Autriche-Hongrie. Il fournit la base sur laquelle le gouvernement français s'est appuyé pour formuler l'article 231 du traité de Versailles qui affirme l'exclusive responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés. Ce « bon droit » posé par les vainqueurs ne fut pas accepté par les Allemands qui protestèrent ainsi : « La question des responsabilités ne saurait être tranchée unilatéralement par une des deux parties en cause, mais uniquement par une commission reconnue comme impartiale des deux côtés ». Il leur fut répondu que le document devait être signé tel quel, sinon les combats seraient repris. Cette clause, pas plus négociable que les autres mais justifiant les subséquentes réparations, fut ressentie comme une profonde humiliation.
Les responsabilités
La chronologie des évènements laisse voir combien la question des responsabilités reste entière. Ces dernières se trouvent de fait dispersées au fil des décisions. Rien dans cette succession n'était inéluctable. Déterminer des responsabilités, c'est nécessairement accorder un poids, une valeur, à chaque épisode, chaque décision :
le degré d'implication des services de l'état serbe, probablement à l'insu de ses dirigeants, dans la préparation et la réalisation de l'attentat ;
la négligence envers l'avertissement prononcé par l'ambassadeur serbe quant à une menace d'attentat ;
l'erreur de jugement du Kaiser lorsqu'il donne son appui conditionnel à l'Autriche-Hongrie, persuadé que la Russie n'interviendra pas ;
la dureté voulue de l'ultimatum austro-hongrois ;
le degré de pression que l'Allemagne a réellement mis sur l'Autriche-Hongrie pour négocier la condition rejetée par la Serbie sans faire perdre la face aux parties adverses ;
le degré de man?uvre, face aux panslaves, du premier ministre serbe, si favorable à une bonne entente avec son voisin ;
le fait que le tsar de n'avoir pas pu ou su s'opposer aux bellicistes de son gouvernement, ainsi que d'avoir accepté l'idée d'une mobilisation secrète, qui fut presque aussitôt connue des Allemands ;
le soutien inconditionnel accordé discrètement à la Russie par le gouvernement français, qui, ayant déjà refusé de soutenir la Russie lors des précédentes guerres balkaniques, craint que la Triple-Entente ne devienne une alliance creuse ;
son acceptation du non-respect du traité militaire qui lie les deux pays.
Ce qui favorise sans doute l'inéluctabilité des évènements est l'atmosphère belliqueuse ouvertement affichée par les opinions publiques. Le nationalisme exacerbé qui règne dans tous les pays européens a ainsi joué un grand rôle. En France, les sentiments revanchards à propos de l'Alsace-Lorraine excitent la haine à l'égard de l'« Allemand » (les dessins de Hansi en sont une illustration). De l'autre côté du Rhin, envisageant devoir se battre sur deux fronts, le plan Schlieffen préconise que l'Allemagne frappe la première, ce qui la contraint à l'extrême vigilance envers la mobilisation des armées.
Ainsi, tous les pays étaient prêts à la guerre. On peut penser qu'une étincelle suffirait à mettre le feu à l'Europe. C'est la thèse que quelques historiens mettent en avant pour expliquer l'acceptation massive par les sociétés européennes du conflit, voire une résolution à combattre. C'est ce que l'on appelle le consentement patriotique.
En Allemagne, le consensus de longue date selon lequel ce pays était exempt de toute responsabilité dans le déclenchement de la guerre a été battu en brèche par les travaux d'un historien, Fritz Fischer, publiés à partie de 1961 dans Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale. Cette thèse iconoclaste, à l'origine d'une vaste polémique outre-Rhin, veut que la visée impériale (l'hégémonie européenne), associée à une stratégie incluant le conflit armé, aurait favorisé la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie, à la satisfaction des élites politiques et militaires, ainsi que des mouvements pangermanistes[3].
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